L'oral d'admission est souvent l'épreuve décisive du concours de technicien de police technique et scientifique (TPTS). Le jury ne se limite pas aux questions attendues sur votre parcours ou vos motivations : il cherche à tester votre réactivité, votre honnêteté et votre maturité professionnelle. Les questions déstabilisantes ne sont pas là pour vous piéger gratuitement mais elles révèlent votre capacité à réagir sous pression, une qualité indispensable sur le terrain.
Voici quelques questions les plus redoutées (même s'il y en a des centaines), ce que le jury teste réellement derrière chacune, et la manière de les désamorcer.
La méthode en trois temps
Quelle que soit la question, les mises en situation difficiles se traitent presque toujours selon la même logique. Gardez ces trois réflexes en tête :
- Accuser réception de la difficulté. Reconnaissez l'émotion ou le piège, sans le nier. Prétendre qu'une scène de crime violente « ne vous ferait rien » est éliminatoire car vous n'en savez rien ... (à moins que votre quotidien est déjà de voir des cadavres tous les jours ou de rencontrer des victimes d'agressions sexuelles ou viols.).
- Recentrer sur votre mission. Revenez à votre cœur de métier qui est le protocole, la rigueur technique, le périmètre exact de votre rôle. C'est votre point d'ancrage quand la situation déborde.
- Mobiliser les bonnes ressources. Montrez que vous savez vous appuyer sur le relais adapté : la hiérarchie, l'autorité judiciaire, le soutien psychologique, la déontologie, les collègues, etc.
Cette grille de lecture s'applique à la plupart des questions ci-dessous.
Les questions déstabilisantes sur votre profil
« Vous avez un Bac+5. Pourquoi passer un concours de catégorie B ? »
Ce que le jury teste : votre motivation réelle. Il veut s'assurer que le poste n'est pas un « plan B » en attendant mieux, et que vous ne démissionnerez pas au bout de deux ans.
Comment répondre : assumez un choix délibéré. Le grade de technicien PTS vous place directement sur le terrain, là où se mène le travail d'investigation concret. Si l'opérationnel vous attire davantage que l'encadrement administratif, dites-le. Rappelez aussi que la PTS offre de réelles perspectives d'évolution interne (examens professionnels / concours interne, par exemple) sans exiger de diplôme supplémentaire.
L'erreur fatale : « Je n'ai pas trouvé de travail dans mon domaine, alors je me suis dit Pourquoi pas la Police Scientifique» Ce type de réponse disqualifie immédiatement.
« Qu'est-ce qui vous plaît le MOINS dans ce métier ? »
Ce que le jury teste : votre capacité à être honnête et réaliste. Un candidat qui répond « tout me plaît » n'est pas crédible.
Comment répondre : citez une vraie contrainte et expliquez pourquoi vous l'acceptez en connaissance de cause. Montrez que vous avez fait des recherches sur la réalité du métier.
Exemple : « Ce qui me semble le plus difficile, ce sont les astreintes de nuit et le fait que les premières affectations ne sont pas toujours dans la région souhaitée. Mais j'ai échangé avec des techniciens en poste, et je sais que c'est le prix d'entrée pour un métier qui a vraiment du sens. »
« Regardez-vous des séries comme Les Experts ? Qu'en pensez-vous ? »
Ce que le jury teste : la justesse de votre représentation du métier. Un candidat qui confond la fiction et la réalité inquiète ; celui qui sait faire la part des choses, à l'inverse, rassure.
Comment répondre : vous pouvez reconnaître que ces séries ont suscité des vocations, tout en marquant clairement la distance avec le quotidien réel. Dans la fiction, un même personnage relève les traces, analyse l'ADN, interroge le suspect et résout l'affaire en quarante minutes. Sur le terrain, les rôles sont cloisonnés, les délais d'analyse se comptent en jours ou en semaines, et le technicien n'a pas de pouvoir d'enquête judiciaire. Il constate, prélève, conditionne et rédige des rapports. Montrer que vous connaissez ce décalage, souvent appelé « effet CSI », prouve que votre motivation repose sur une connaissance réelle du métier, et non sur une image fantasmée.
Les questions de mise en situation
C'est sur ce type de questions que la méthode en trois temps prend tout son sens.
« Vous intervenez sur une scène avec le corps d'un enfant. Que faites-vous ? »
Ce que le jury teste : votre capacité à gérer l'émotion tout en restant professionnel. C'est probablement la question la plus redoutée.
Comment répondre :
- Reconnaissez l'impact émotionnel. Ne jouez jamais l'insensible. Dire « ça ne me ferait rien » est éliminatoire : le jury sait que c'est faux et y voit un signe d'immaturité.
- Faites primer la mission. Sécuriser la scène, préserver les indices, appliquer le protocole de prélèvement. La rigueur professionnelle est votre ancre dans ces moments.
- Mentionnez les dispositifs de soutien. La police nationale dispose de psychologues et d'un service de soutien opérationnel. Les solliciter après une intervention difficile est un signe de force, pas de faiblesse.
« Vous relevez une trace digitale sur une scène de crime. Elle correspond à un collègue policier. Que faites-vous ? »
Ce que le jury teste : votre intégrité et votre compréhension de la déontologie.
Comment répondre : vous consignez la correspondance dans votre rapport, factuellement, sans interprétation personnelle. Votre rôle est technique, pas judiciaire. Rappelez d'ailleurs qu'on prélève systématiquement les empreintes des premiers intervenants pour les écarter (prélèvements dits « de discrimination») : une correspondance avec un collègue peut simplement signifier qu'il est intervenu légitimement sur les lieux. C'est à l'enquêteur, puis au magistrat, d'en tirer les conséquences. Dissimuler ou ignorer un résultat constituerait une faute professionnelle grave.
« Vous découvrez que votre supérieur a falsifié un rapport d'analyse. Que faites-vous ? »
Ce que le jury teste : votre connaissance de la chaîne hiérarchique et votre sens de l'éthique.
Comment répondre : vous signalez d'abord à votre supérieur direct (s'il n'est pas concerné), puis vous remontez à la hiérarchie. En dernier recours, le signalement à l'IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) est possible. L'intégrité des résultats scientifiques n'est pas négociable puisqu'ils influencent directement les décisions de justice.
« Êtes-vous prêt à être affecté loin de chez vous ? »
Ce que le jury teste : votre connaissance des réalités du recrutement et votre disponibilité réelle. Les premières affectations ne tiennent pas toujours compte de la région souhaitée.
Comment répondre : affichez une mobilité géographique assumée. Si vous avez des contraintes, ne les cachez pas, mais montrez que vous avez anticipé la question et que vous êtes prêt à commencer là où le service a besoin de vous. Un candidat qui pose trop de conditions dès l'oral envoie un mauvais signal.
Les questions de culture générale PTS
« Que signifient FAED et FNAEG ? »
Le jury vérifie que vous maîtrisez les outils fondamentaux du métier :
- FAED : Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (plus de 7 millions d'individus enregistrés).
- FNAEG : Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (plus de 4,2 millions d'individus enregistrés, auxquels s'ajoutent près d'un million de traces).
Quelques autres sigles à connaître :
- SNPS : Service National de Police Scientifique, qui pilote les laboratoires de la police nationale.
- LPS : Laboratoire de Police Scientifique (cinq sites : Lille, Paris, Lyon, Marseille, Toulouse).
- IRCGN : Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (Pontoise).
- FNIB : Fichier National d'Identification Balistique.
- PTS / TPTS / ASPTS — Police Technique et Scientifique, Technicien de la PTS, Agent Spécialisé de PTS.
« Quelle est la différence entre la police technique et la police scientifique ? »
En pratique, on distingue souvent la police technique, le travail de terrain (constatations, relevés de traces, photographie judiciaire, mise sous scellés), de la police scientifique, le travail en laboratoire (analyse ADN, toxicologie, balistique). Les deux sont complémentaires, souvent assurées par les mêmes personnels, et regroupées sous le sigle officiel PTS (police technique et scientifique).
Un détail qui peut faire la différence devant le jury : historiquement, les deux termes sont presque nés à l'envers de l'usage courant. C'est Alphonse Bertillon, à l'origine du service d'identification de la préfecture de police de Paris (1888), qui parle le premier de « police scientifique ». Et c'est Edmond Locard, fondateur du premier laboratoire de police à Lyon en 1910, qui privilégiait l'expression « police technique ». Montrer que vous connaissez cette filiation prouve une vraie culture du métier.
La règle d'or : ne jamais mentir
Le jury est composé de professionnels expérimentés qui détectent immédiatement les réponses artificielles. Une réponse honnête, même imparfaite, sera toujours mieux perçue qu'un discours trop lisse et visiblement récité. Si vous ne savez pas répondre, dites-le franchement : « Je ne connais pas précisément la réponse, mais je m'engage à me renseigner. » Le jury respecte l'humilité intellectuelle, c'est précisément une qualité attendue chez les techniciens PTS, dont le travail repose sur la rigueur et l'honnêteté scientifiques. En définitive, ces questions ne récompensent pas la performance oratoire mais la cohérence : un candidat qui connaît la réalité du métier, assume ses choix et garde son sang-froid coche les bonnes cases, même sans réponse parfaite.


