Réponse courte : oui, dans 90 % des cas. La vraie question n'est pas « faut-il la prendre ? » mais « comment la préparer pour qu'elle ne soit pas un coup de poker ? ». Sur le papier, l'épreuve facultative de langue ne peut que rapporter des points et jamais en faire perdre. En réalité, beaucoup de candidats la cochent à l'inscription, l'oublient pendant 6 mois, et se retrouvent à improviser une conversation de 15 minutes devant un jury qu'ils espéraient impressionner. Le résultat est rarement à la hauteur.
Cet article fait le point complet sur ce que dit le règlement, ce que ça peut vraiment vous rapporter en points, comment choisir entre anglais, allemand, espagnol et italien, et surtout comment préparer cet oral sans y consacrer 100 heures que vous n'avez pas.
Ce que dit le règlement officiel
L'épreuve facultative de langue au concours de Technicien de Police Technique et Scientifique est encadrée par l'arrêté d'organisation du concours. Voici les paramètres que tout candidat doit connaître avant de cocher la case à l'inscription :
- Format : conversation libre avec le jury, sans support écrit ni préparation préalable.
- Durée : 15 minutes.
- Coefficient : 1.
- Langues au choix : allemand, anglais, espagnol, italien.
- Choix verrouillé : la langue est sélectionnée au moment de l'inscription. Impossible d'en changer après la date de clôture, même si vous regrettez votre choix.
- Notation : seuls les points au-dessus de la moyenne de 10/20 sont comptabilisés dans le total d'admission.
- Non éliminatoire : une note de 6/20 ne sanctionne pas le candidat. Elle est simplement ignorée.
Ce dernier point est crucial. Contrairement aux autres épreuves, vous ne risquez rien mathématiquement. Le pire scénario, c'est que vous gagniez 0 point. Le meilleur, +10. C'est ce qu'on appelle en théorie des jeux un pari strictement positif et c'est exactement pour ça qu'il faut s'y préparer sérieusement.
Combien ça peut vraiment vous rapporter ? (le calcul que personne ne fait)
Le coefficient 1 paraît dérisoire à côté du coefficient 5 de l'oral d'entretien. Mais quand on regarde les chiffres bruts, l'histoire change.
Prenons le concours externe de TPTS. Les coefficients officiels sont :
Épreuve | Coefficient | Note max possible |
|---|---|---|
Français (étude de texte + composition) | 2 | 40 |
Sciences (QCM maths/bio/chimie) | 3 | 60 |
Oral d'entretien | 5 | 100 |
Total épreuves obligatoires | 10 | 200 |
Langue facultative (bonus) | 1 | +10 |
Maintenant, regardons ce que rapporte chaque note à l'oral facultatif :
Note obtenue à l'oral de langue | Points bonus ajoutés au total |
|---|---|
10/20 ou moins | 0 point |
12/20 | +2 points |
14/20 | +4 points |
16/20 | +6 points |
18/20 | +8 points |
20/20 | +10 points |
Sur un concours où les derniers admis se jouent souvent à 1 ou 2 points près, gagner 4 ou 6 points peut littéralement faire la différence entre figurer sur la liste principale, la liste complémentaire, ou rater son année. D'ailleurs, sans parler d'être admissible ou non, "gratter" des points peut être important afin d'être mieux classé sur la liste et ainsi avoir les meilleurs choix de postes. En 2021, lors du premier concours TPTS, plus de 4 000 candidats se sont inscrits pour environ 90 postes ouverts. Dans une telle compression statistique, chaque demi-point compte.
Autrement dit : un candidat qui obtient 14/20 à l'oral de langue gagne autant de points qu'un candidat qui aurait grappillé 2 points supplémentaires sur la composition de français (épreuve de coefficient 2). Sauf que se préparer à 4/20 de plus en composition demande des dizaines d'heures de méthodologie. 14/20 en conversation libre dans une langue qu'on parle déjà, c'est faisable en quelques semaines d'entraînement ciblé.
Anglais, allemand, espagnol ou italien : laquelle choisir ?
Le règlement ne hiérarchise pas les langues puisque la note de 14/20 en italien vaut exactement la même chose que celle obtenue en anglais. Mais chacune a ses spécificités côté préparation et côté jury.
- Anglais — le choix par défaut, mais aussi le plus exigeant
C'est la langue choisie par la grande majorité des candidats. Le jury entend de l'anglais à longueur de journée et le niveau d'attente y est statistiquement plus élevé que dans les autres langues. Les examinateurs ont une oreille experte, repèrent immédiatement les fautes de prononciation classiques des francophones (« th », « r » roulé, accent tonique mal placé) et n'hésitent pas à pousser le candidat sur des sujets d'actualité ou liés à la criminalistique anglo-saxonne.
À choisir si vous avez un B2 solide minimum, une bonne fluidité orale, et une exposition régulière à l'anglais (films en VO, lectures, voyages). Évitez si votre dernier souvenir de cours d'anglais date du lycée et que vous n'avez pas pratiqué depuis.
- Espagnol — le bon ratio effort / récompense
Statistiquement, l'espagnol est la deuxième langue la plus choisie. Les francophones la maîtrisent souvent mieux qu'ils ne le pensent : grammaire de structure latine proche du français, vocabulaire largement transparent, prononciation accessible. Les jurys d'espagnol sont en général plus indulgents sur l'accent que les jurys d'anglais.
À choisir si vous avez fait de l'espagnol au lycée jusqu'au bac, ou si vous avez des origines hispanophones, même partielles. Le retour sur investissement est excellent.
- Italien — la pépite sous-cotée
L'italien est paradoxalement la langue la plus rentable pour beaucoup de francophones. Le vocabulaire est extrêmement proche du français, la prononciation est régulière (chaque lettre se prononce comme elle s'écrit, ou presque), et le jury croise rarement des candidats italianisants, ce qui peut jouer en votre faveur dans la bienveillance globale.
À choisir si vous avez fait de l'italien LV2 ou LV3, ou si vous parlez un dialecte régional italien dans votre famille. C'est aussi un bon choix pour les francophones qui ont voyagé ou travaillé en Italie.
- Allemand — le pari risqué
L'allemand demande une rigueur grammaticale (déclinaisons, ordre des mots, verbes en fin de proposition) qui pardonne peu l'approximation. Si vous n'êtes pas à l'aise, le jury le sentira en moins de deux minutes.
À choisir uniquement si vous avez un niveau B2 réel, un séjour Erasmus ou professionnel en pays germanophone, ou un diplôme attestant d'un niveau confirmé. Sinon, fuyez : vous obtiendrez probablement entre 6 et 10/20, soit zéro point bonus pour beaucoup d'efforts.
Règle numéro 1 : choisissez la langue dans laquelle vous êtes capable, aujourd'hui, de tenir une conversation de cinq minutes sur votre week-end sans paniquer. Pas la langue que vous aimeriez parler. La langue que vous parlez vraiment.
Comment se déroule concrètement l'oral de langue ?
L'épreuve facultative de langue est une épreuve distincte de l'oral d'entretien principal. Elle se déroule en général juste après ou juste avant, selon l'organisation du SGAMI (Secrétariat Général pour l'Administration du Ministère de l'Intérieur) qui pilote votre zone de défense. C'est important à noter parce que beaucoup de candidats imaginent que les deux oraux s'enchaînent, ce qui est rarement le cas.
Le format est simple sur le papier : 15 minutes de conversation libre. Concrètement, voici la trame que rencontrent la majorité des candidats :
- Présentation personnelle (3 à 5 minutes) : vous vous présentez dans la langue choisie. Parcours, motivation pour la police scientifique, pourquoi cette langue. Le jury teste votre fluidité de base.
- Discussion thématique (5 à 7 minutes) : le jury rebondit sur un point de votre présentation et engage un échange. Sujets fréquents : l'actualité du pays de la langue choisie, vos voyages, votre rapport au métier de TPTS, un fait divers récent.
- Questions ouvertes (3 à 5 minutes) : capacité à argumenter, à nuancer, à reformuler. C'est ici que se jouent les bonnes notes.
Aucun support, aucune préparation préalable, aucun document. Vous entrez, vous parlez. C'est précisément cette absence de filet qui surprend les candidats mal préparés.
Pour qui l'épreuve est-elle vraiment rentable ?
Cochez la case si vous êtes dans une de ces situations :
- Vous avez un niveau B1 confirmé ou supérieur dans une des quatre langues.
- Vous avez fait des études supérieures avec de l'anglais professionnel régulier.
- Vous avez vécu plus de 3 mois dans un pays de la langue concernée.
- Vous regardez régulièrement des séries ou des contenus en VO sans sous-titres.
- Vous êtes bilingue de naissance ou héritage familial.
- Vous avez le temps de consacrer 20 à 40 heures de préparation ciblée d'ici l'oral.
Posez-vous sérieusement la question si :
- Votre dernier oral de langue remonte au baccalauréat, il y a plus de 5 ans.
- Vous comprenez à l'écrit mais bloquez à l'oral.
- Vous savez que le stress vous paralyse en situation orale.
- Vous n'avez aucune marge horaire pour préparer cette épreuve en plus du reste.
Pour ces profils, prendre l'épreuve juste « pour voir » est risqué non pas mathématiquement (puisque vous ne perdez aucun point) mais psychologiquement : un mauvais oral facultatif peut entamer votre confiance avant l'entretien principal, qui pèse coefficient 5. Mieux vaut zéro épreuve facultative qu'un oral raté qui plombe votre mental.
Comment se préparer efficacement sans y passer 100 heures
Voici la méthode qui marche pour les candidats que nous accompagnons à ForenSeek, calibrée sur 8 à 12 semaines de préparation parallèle aux autres épreuves.
Semaines 1-2 — Diagnostic et remise en route. Faites un test de niveau honnête (un placement test gratuit en ligne suffit). Reprenez les bases grammaticales sur lesquelles vous bloquez. Réécoutez 30 minutes de la langue cible chaque jour : podcast, série, radio. Pas d'exercice écrit, uniquement de l'input oral.
Semaines 3-6 — Construction du « pitch personnel ». Rédigez puis apprenez par cœur (oui, par cœur) une présentation de 3 minutes sur votre parcours et votre motivation pour la police scientifique. C'est votre filet de sécurité pour le démarrage de l'oral. Travaillez la prononciation à voix haute, enregistrez-vous, comparez à des locuteurs natifs.
Semaines 5-8 — Banque de sujets. Préparez 10 à 15 fiches de vocabulaire sur les thèmes susceptibles de tomber : actualité du pays cible, criminalistique, justice, police, voyage, formation, projet professionnel. 15 mots-clés par fiche, avec exemples de phrases. L'objectif n'est pas la perfection mais la réactivité : quand le jury lance un sujet, vous avez toujours quelque chose à dire.
Semaines 9-12 — Conversations en conditions réelles. Trouvez un partenaire de pratique (échange linguistique en ligne via iTalki, Tandem, un proche bilingue ou même une IA conversationnelle). Au moins deux séances de 30 minutes par semaine. Demandez-lui de vous interroger sur vos fiches sans prévenir, pour simuler la pression du jury.
La veille : pas de bachotage. Une bonne nuit, et le matin, 20 minutes d'écoute active dans la langue choisie pour « caler l'oreille ».
Les 5 erreurs qui plombent l'oral de langue facultatif
- Cocher la case puis oublier l'épreuve. C'est l'erreur la plus fréquente. Six mois plus tard, vous arrivez en face du jury sans avoir prononcé un mot dans la langue depuis des années.
- Choisir l'anglais par défaut alors qu'on parle mieux espagnol. Le règlement ne récompense pas la prestige : 14/20 en italien valent 14/20 en anglais.
- Apprendre par cœur un monologue de 15 minutes. Le jury repère immédiatement la récitation et coupera pour vous poser une question imprévue. Si vous n'avez que votre texte, vous vous effondrez.
- Ignorer la prononciation. Vous pouvez avoir un vocabulaire riche : si l'examinateur ne vous comprend pas, la note ne dépassera pas 10. Travaillez la phonétique au moins autant que la grammaire.
- Préparer uniquement des sujets « concours ». Le jury aime parfois sortir du cadre attendu. Avoir trois sujets personnels solides (un voyage marquant, une passion, un projet) vous sauvera le jour J.
Faut-il prendre l'option si on hésite ? Notre verdict
Si vous avez un niveau réel d'au moins B1 dans une des quatre langues et la possibilité de consacrer 20 heures à la préparation, prenez l'option, sans hésitation. Le rapport bénéfice/risque est asymétriquement favorable : vous ne pouvez que gagner des points, jamais en perdre, et même un modeste 12/20 ajoute 2 points à votre total qui seront souvent décisifs sur un concours aussi sélectif.
Si votre niveau est en dessous, ou si votre planning de révision est déjà saturé, ne prenez pas l'option. Concentrez vos forces sur les trois épreuves obligatoires, dont les coefficients combinés représentent l'essentiel de votre note finale.
Dans tous les cas, prenez la décision à l'inscription en connaissance de cause, pas par défaut ou par superstition. C'est un choix stratégique, pas un détail administratif.


