Cet article est le premier d'une série de 10 consacrée aux spécialités de la police scientifique. Découvrez chaque discipline en détail pour mieux comprendre ce métier — et mieux préparer le concours.
Depuis sa première application judiciaire en 1986, l'ADN est devenu la reine des preuves scientifiques. En France, des milliers d'affaires sont résolues chaque année grâce à cette discipline. Mais comment fonctionne concrètement la génétique forensique, et quel rôle joue-t-elle dans le quotidien de la police scientifique ?
Qu'est-ce que la génétique forensique ?
La génétique forensique (ou génétique judiciaire) est la branche de la criminalistique qui exploite l'acide désoxyribonucléique (ADN) à des fins d'identification. Présent dans la quasi-totalité de nos cellules, l'ADN constitue une véritable carte d'identité biologique : unique pour chaque individu (à l'exception des vrais jumeaux), il ne se modifie pas au cours de la vie et peut être retrouvé dans de multiples types de traces biologiques.
Sur une scène de crime, les effectifs de la police scientifique peuvent collecter du sang, de la salive, des cheveux avec racines, des cellules de peau (ADN de contact), du sperme ou encore des sécrétions diverses. Toutes ces traces sont des sources potentielles d'ADN, avec des probabilités de réussite variables selon leur état de conservation et la quantité de matériel biologique disponible.
De la trace biologique à l'identification : les étapes clés en laboratoire
Une fois prélevée, conditionnée et scellée, la trace biologique est transmise au laboratoire. Les scientifiques procèdent alors à une série d'opérations techniques :
- L'extraction : les membranes cellulaires sont lysées pour libérer l'ADN.
- La quantification : on mesure la quantité d'ADN disponible afin d'adapter le protocole d'analyse.
- L'amplification par PCR (Polymerase Chain Reaction) : cette technique permet de multiplier à l'infini de minuscules fragments d'ADN, rendant possible l'analyse même à partir de traces infimes.
- Le génotypage : les marqueurs génétiques spécifiques (les STR ou Short Tandem Repeats) sont analysés pour établir un profil génétique unique.
- La comparaison : le profil de la trace est confronté à celui d'une victime, d'un suspect ou aux données du FNAEG.
Le FNAEG : la mémoire génétique de la police scientifique en France
Créé par la loi du 17 juin 1998 dans le sillage de l'affaire Guy Georges (le « tueur de l'Est parisien »), le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG) est l'outil central de la génétique judiciaire en France. À fin 2025, il recensait plus de 4,2 millions de profils génétiques de personnes identifiées (soit près de 6 % de la population française), auxquels s'ajoutaient près d'un million de traces biologiques non identifiées issues de scènes d'infraction.
Le FNAEG permet des rapprochements automatisés entre des traces biologiques provenant de scènes de crime et des profils génétiques enregistrés — qu'ils soient issus d'affaires passées, de personnes condamnées ou de corps non identifiés. C'est ainsi que des cold cases vieux de plusieurs années peuvent être soudainement résolus lorsqu'une personne mise en cause pour un fait récent se retrouve dans le fichier.
L'affaire Kassandra : quand le FNAEG résout un cold case 14 ans après
C'est précisément ce mécanisme qui a permis de relancer l'affaire Walter Zapata, alias Kassandra, travailleuse du sexe transgenre d'origine péruvienne dont le corps avait été retrouvé partiellement calciné près de Rouen en novembre 2012. Malgré une autopsie concluant à une mort par asphyxie, l'affaire avait abouti à un non-lieu en 2015.
En juillet 2023, le Pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) de Nanterre reprend le dossier et ordonne de nouvelles expertises génétiques sur les scellés conservés depuis plus de dix ans. Un profil ADN masculin est alors extrait — notamment à partir des bottes de la victime — et transmis au FNAEG. En juin 2025, le rapprochement automatisé opère : ce profil correspond à celui d'un homme mis en cause dans une affaire de stupéfiants, totalement étrangère au meurtre.
Une information judiciaire est ouverte en octobre 2025 et le suspect, âgé de 44 ans, est interpellé à Paris le 31 mars 2026 avant d'être mis en examen pour meurtre. Quatorze ans après les faits, la conservation rigoureuse des scellés et les progrès de la génétique forensique auront eu raison du silence.
Les profils des personnes condamnées sont conservés 40 ans ; ceux des mis en cause (présumés innocents) le sont 25 ans. Le fichier est placé sous le contrôle d'un magistrat indépendant et géré par le Service Central de la Police Technique et Scientifique (SCPTS).
Portrait-robot génétique et innovations technologiques
La génétique forensique ne s'arrête pas à la comparaison de profils. Les avancées technologiques ouvrent des horizons inédits. L'une des plus spectaculaires est le portrait-robot génétique, autorisé en France depuis 2014. Cette technique permet de déterminer, à partir d'une trace ADN, certaines caractéristiques physiques probables d'un individu : couleur des yeux, des cheveux, de la peau, et même son origine biogéographique.
Toutefois, les résultats ne sont pas infaillibles — les experts sont formels. Le portrait-robot génétique constitue une orientation d'enquête, non une preuve directe. Son utilisation est strictement encadrée par la loi : elle est réservée aux affaires criminelles et doit être autorisée par un juge d'instruction.
Par ailleurs, l'analyse de l'ADN mitochondrial (transmis uniquement par la mère) permet d'analyser des échantillons anciens ou très dégradés — cheveux sans racines, ossements — ouvrant la voie à l'identification de victimes de catastrophes ou d'affaires remontant à plusieurs décennies.
Génétique forensique et concours de Technicien de Police Scientifique
La génétique forensique est l'une des disciplines clés pour tout candidat au concours de Technicien de Police Technique et Scientifique (TPTS). Les laboratoires de police scientifique et l'IRCGN (Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale) recrutent régulièrement des spécialistes en biologie moléculaire, capables de maîtriser les techniques d'extraction, d'amplification et d'interprétation des profils génétiques.
Maîtriser les fondements de la génétique forensique — de la structure de l'ADN aux bases de données comme le FNAEG — est indispensable pour réussir les épreuves écrites et orales du concours. C'est précisément ce type de connaissances que couvre notre préparation au concours, conçue par un ingénieur de police scientifique.


